Gilles de Rais (1404-1440)

Gilles de laval, sire de Rais, compagnon de Jeanne d'Arc, Maréchal de France (1404-1440). Huile sur toile (1835). Château de Versailles
Gilles de laval, sire de Rais, compagnon de Jeanne d'Arc, Maréchal de France (1404-1440). Huile sur toile (1835). Château de Versailles

Gilles de Rais est certainement un des personnages les plus célèbres et les plus controversés de l'histoire de France. Sur ses anciennes terres, il est encore très vivant par le mythe qui l'entoure. Devenu, par la tradition folklorique, « Barbe Bleue », c'est à un meurtrier d'enfants et un invocateur du démon que nous confrontent les pièces de son procès.

Un orphelin élevé par son grand-père

Gilles de Rais est né en 1404. Il est le fils de Guy de Laval et de Marie de Craon, lesquels, en héritant de la baronnie de Rais, en prennent le nom. Très vite orphelin, il est confié à son grand-père. Éducation bien négligée, aux dires de l'intéressé, puisqu'il avoue, à son procès, qu'au temps de sa jeunesse « il avait pour son plaisir et toute sa volonté fait tout le mal qu'il pouvait ».

Un grand seigneur fortuné

En 1422, il épouse Catherine de Thouars. Il se trouve alors, tant par son mariage que par héritage, à la tête d'une énorme fortune :

  • par son grand-père, Jean de Craon, il possède un large fief autour de Champtocé, Ingrandes et Saint-Florent, à la frontière occidentale de l'Anjou. C'est une zone stratégique, tant sur le plan militaire qu'économique. Un actif trafic se fait sur la Loire, dans cette zone au contact entre une région imposée pour le sel (côté France) et la Bretagne qui ne l'est pas.
  • par son père, il possède la baronnie de Rais, et avec elle toute la Basse-Loire, dominée par son château de Machecoul.
  • par son mariage il s'étend vers le Poitou et acquiert les forteresses de Tiffauges et Pouzauges.
  • Sceau de Gilles de Rais, apposé au bas d’un contrat de vente (1435), Fonds du trésor des chartes, ADLA
  • Vue des ruines du château de Machecoul dans les années 1950. Fonds des photographies, ADLA
  • Ruines du château dit de « Barbe-bleue » à Champtocé en Anjou. Fonds des cartes postales, ADLA

Les sceaux numérisés

Compagnon de Jeanne d'Arc

À partir de 1427, il participe à la lutte contre les Anglais, engagés dans un conflit séculaire avec la France. Il est aux côtés de Jeanne d'Arc. Sa valeur militaire lui vaut le titre de maréchal de France en 1429.

Grandeur et décadence : Gilles de Rais habité par le diable ?

Il retourne en Bretagne en 1433. Sa vie de criminel commence. Mais ce qui apparaît aux yeux de tous, c'est sa magnificence et sa prodigalité. Il se dote d'une maison militaire, pourvue d'une garde de 200 cavaliers magnifiquement équipés. Il s'entoure également d'une maison ecclésiastique et d'une maîtrise, formée de jeunes chantres à la voix admirable. Sa fortune fond rapidement à ce train de vie. Pour enrayer les fantastiques pertes financières qu'il accumule, il est amené à vendre massivement ses biens. Cela ne suffit pas. Il pratique alors l'alchimie pour obtenir de l'or, aurait commercé avec le diable. Parallèlement, son comportement devient de plus en plus chaotique et la rumeur s'amplifie autour de ses crimes, tandis qu'on lui connaît des actes de rage incoercible suivis d'abattement et de remords.

Le procès de Gilles de Rais

En 1440, il commet l'erreur de s'emparer en pleine église de la personne d'un prêtre. Dès lors, la justice, tant ecclésiastique que séculière, s'abat sur lui.

La première, incarnée par l'évêque de Nantes, Jean de Malestroit, et le grand inquisiteur de France, Guillaume Mérici, le condamne à l'excommunication, véritable mort civile, pour les crimes qui relèvent du pouvoir religieux ; sodomie, hérésie, apostasie et évocation des démons, qui s'ajoutent à la violation des immunités ecclésiastiques.

La justice civile, en la personne de Pierre de L'Hôpital, juge ducal, conclut à la mort sur le fait de rapt, assassinats d'enfants et autres violences. Gilles de Rais est pendu et brûlé, place du Bouffay à Nantes, le 26 octobre 1440. Deux de ses serviteurs subissent le même sort.

  • Sentence de l’évêque de Nantes et du vicaire de l’inquisiteur déclarant « Gilles de Rais coupable des crimes, de sortilège […] et passible comme tel d’excommunication et des peines portées par le droit canon ». ADLA
    Sentence de l’évêque de Nantes et du vicaire de l’inquisiteur déclarant « Gilles de Rais coupable des crimes, de sortilège […] et passible comme tel d’excommunication et des peines portées par le droit canon ». ADLA
  • Représentation de l’exécution de Gilles de Rais - Barbe Bleue. Fonds des cartes postales, ADLA.
    Représentation de l’exécution de Gilles de Rais - Barbe Bleue. Fonds des cartes postales, ADLA.

Agrandir le document

À consulter en ligne

Les pièces du procès de Gilles de Rais numérisées (Fonds du trésor des chartes, ADLA)

Cahier de l'enquête inscrite par Jean de Toucheronde, commissaire du duc de Bretagne, contre Gilles de Retz et ses complices, accusés de sortilèges et de meurtres d'enfants ; ladite enquête rédigée en français par Nicolas Chateau, notaire de la cour de Nantes. (1440, 18 septembre - 11 octobre)

Registre des dépositions entendues par Jean de Malestroit, évêque de Nantes, et par Jean Blouin, dominicain, vicaire de l'Inquisiteur de France, et le promoteur de l'officialité, Guillaume Chapeillon

Sentence de l'évêque de Nantes et du vicaire de l'Inquisiteur, déclarant Gilles de Retz coupable des crimes de sortilége, de sodomie, de sacrilége, et d'apostasie, et passible comme tel d'excommunication et des peines portées par le droit canon. (1440, 25 octobre)

Le catalogue de l’exposition Contes et Légendes

Le podcast de la conférence « Gilles de Rais Barbe-Bleue » par Matei Cazacu, historien et chercheur (Archives départementales, 4 février 2020)

L’article de Jacques Chiffoleau « Gilles de Rais, ogre ou serial killer ?» paru dans le mensuel L’histoire en octobre 2008

À lire aux Archives départementales

  • Georges Bataille, Le procès de Gilles de Rais, Paris, 1965. (ADLA In-8° 1061)
  • Olivier Blanchard, Alain Gérard, Sur les traces de Gilles de Rais dit Barbe-Bleue, Fromentine, 1992. (ADLA Br. In-8° 2092)
  • Matei Cazacu, Gilles de Rais, Paris, 2005. (ADLA In-8° 8176)
  • Matei Cazacu, « La Barbe Bleue, histoire d'un conte », dans la revue 303, n° 164, 2021 (ADLA Per 345 / 21)
  • Jacques Heers, Gilles de Rais, Paris, 2004. (ADLA In-12 778)