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1940. Entrer en résistance. Comprendre, refuser, résister

C’est le thème du concours national de la Résistance et de la Déportation 2019-2020 auquel les Archives départementales s’associent depuis de nombreuses années. Ce sujet est par ailleurs prolongé jusqu’en 2021 du fait de la situation sanitaire actuelle.

Le concours national de la Résistance et de la Déportation (CNRD) est ouvert aux collégiens de troisième et aux lycéens en France et dans les établissements scolaires français à l'étranger. Il perpétue chez les élèves la mémoire de la Résistance et de la Déportation pour leur permettre de s'en inspirer et d'en tirer des leçons civiques dans leur vie d'aujourd'hui.

Une sélection de documents conservés au sein des Archives départementales a ainsi été proposée aux élèves afin d’enrichir leur travail par des documents locaux témoignages de l’histoire sur leur territoire. Nous vous proposons d’en découvrir quelques-uns à l’approche de la commémoration de la victoire du 8 mai 1945 : 
 

 

 

Affichette placardée à Nantes pendant l'été 1940
 

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ADLA - 1683 W 60
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Cette affichette adressée aux habitants de Nantes est un placard manuscrit, calligraphié à l’encre rouge sur papier. Il était certainement collé sur un mur comme en attestent les nombreux gondolements et les bavures d’encre dues à de l’humidité. Ce document est anonyme et affirme, aux yeux de tous, le soutien d’une partie de la population à la Résistance, incarnée en la personne du général de Gaulle. Il s’agit d’un exemplaire unique, retiré par la police administrative placée sous l’autorité du cabinet du préfet, pour cause de propagande anti-vichyste et antiallemande.

Depuis l’appel du 18 juin 1940 (très peu entendu en direct par la population mais dont le retentissement fait prendre conscience à la population que certains disent non), la France Libre est à Londres. De Gaulle symbolise le refus de l’occupation allemande et de la collaboration avec l’ennemi, clairement identifié dans le document : le boche et le macaroni. Ces deux surnoms péjoratifs désignent, au-delà d’Hitler et Mussolini, les nations belligérantes en guerre contre la France. L’emploi des majuscules pour « Général de Gaulle » démontre une volonté de personnifier la Résistance face à des nations réduites à des sobriquets. Le lien sans substance évoque également l’absence de corps, de matière, qui le rend indestructible : il est invisible et ne peut être anéanti.

L’Italie déclare la guerre à la France le 10 juin 1940 alors qu’elle est déjà quasiment vaincue. L’axe Rome Berlin évoqué par Mussolini le 1er novembre 1936 prend la forme d’un pacte tripartite avec le Japon le 27 septembre 1940, formant ainsi une alliance militaire de nations totalitaires contre les alliés. Le document peut ainsi être daté entre l’appel du 18 Juin et la signature du pacte, et témoigne des débuts d’une propagande en faveur de la Résistance.
 
 
 

Courrier de René Ross, de confession juive, enseignant à Saint-Nazaire, au Maréchal Pétain - 21 octobre 1940
 

courrierReneRoss

ADLA - 1694 W 22
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René Ross adresse au préfet de Loire-Inférieure une copie dactylographiée sur deux pages et non paraphée de son courrier en date du 21 octobre 1940 au maréchal Pétain. Il y expose sa situation et argumente pour être réintégré dans son emploi de professeur de sciences à l’école pratique de Saint-Nazaire dont il est chassé car identifié comme juif. La loi du 3 octobre 1940 portant statut des juifs définit tout d’abord quels citoyens doivent être considérés comme juifs par l’administration, puis les professions et activités qui leur sont interdites.

René Ross, né à Béziers (Hérault) en 1891, s’installe à Saint-Nazaire en 1933. Il demande donc une exemption au statut comme le permet la loi en arguant de sa situation d’ancien combattant de la guerre 1914-1918, de sa participation à la campagne de 1939-1940 et de sa décoration de la Légion d’honneur à titre militaire. Cet enseignant, comme de nombreux juifs ainsi mis en marge de la société, n’a plus de moyens de subsistance et évoque également le sort de sa famille, déjà éprouvée par la Grande Guerre et déplacée du fait de l’invasion allemande. René Ross termine son courrier au maréchal par la formule « de votre soldat fidèle et dévoué » car il a servi sous ses ordres en 1916.

Grâce à ses courriers, un emploi spécifique lui est concédé à Saint-Nazaire. René Ross entre ensuite en résistance et devient membre du réseau Georges France 31. Il est arrêté par les Allemands pour espionnage, incarcéré et fusillé le 27 novembre 1942 au Mont-Valérien. Les Archives nationales et la division des archives des victimes des conflits contemporains de Caen conservent également des documents permettant de reconstituer son parcours.
 
 

Cahiers d’entretien avec Gabriel Goudy et Henri Ploquin - février 1948
 

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ADLA - 27 J 48, cahier 26
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En octobre 1944, Henri Michel, professeur et historien, crée la Commission pour l’histoire de l’Occupation et de la Libération de la France (CHOLF) pour recueillir le maximum de témoignages sur la Seconde Guerre mondiale. En 1951, le Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale est créé par un décret, résultant de la fusion de la CHOLF et du Comité d’histoire de la guerre, créé en juin 1945. Ce Comité (qui devient en 1978 l’Institut d’histoire du temps présent) a réalisé un travail considérable d’enquêtes en s’appuyant sur un réseau de correspondants et d’historiens chargés de recueillir des informations auprès de témoins.

Les entretiens menés par le commandant Luce, ancien résistant et correspondant du Comité d’histoire pour la Loire-Inférieure jusqu’en 1954, sont transcrits dans des cahiers dactylographiés datés de 1948. On y trouve notamment un entretien avec Gabriel Goudy, dit Letourneur, plâtrier de métier, alors secrétaire général de l’Union départementale des syndicats confédérés de la Loire-Inférieure (regroupant les syndicats locaux adhérant à une fédération de la Confédération générale du travail - CGT). Il y est question de faits de résistance menés par le syndicaliste et illustre le rôle joué par bon nombre d’entre eux pendant cette période. Gabriel Goudy, outre des actes concrets de résistance (sabotage, propagande), a mené des actions significatives au niveau local et régional en matière d’organisation de réseaux du début à la fin de la guerre (reconstitution clandestine de la CGT, organisation d’un réseau de renseignements, création d’un comité directeur de la Libération) mais aussi de liaison avec les instances nationales. Ces actions ont conduit à son arrestation et à sa déportation en 1944.

On y trouve également un entretien avec Henri Marie Joseph Ploquin, dit Surcouf, alors vicaire à Bouvron (où s’est déroulée le 11 mai 1945, la cérémonie de la reddition des soldats allemands mettant fin à la poche de Saint-Nazaire). Ce témoignage est basé sur les souvenirs et les dires du curé mais l’historien fait référence à des documents officiels pour en confirmer la véracité. Un exemple de faits de résistance menés par un curé de campagne, personnage revêtant une place importante dans la vie d’une commune rurale au milieu du 20e siècle, allant de simples interventions auprès de ses fidèles à l’occasion du culte à une participation active dans l’organisation de la Résistance. Ce témoignage illustre également la diversité de positionnement des membres du clergé catholique (au-delà du discours officiel) et l’extrême variété des actes de résistance, d’actes du quotidien à priori anodins à des actions organisées et armées de sabotage et de combats ayant provoqué, de la part des autorités d’occupation, des arrestations, des condamnations à mort ou à la déportation.