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André Maurice Louis Joseph LORD

1880-1915. Sergent du 270e régiment d’infanterie.

André Maurice Louis Joseph Lord naît à Nantes le 11 octobre 1880, dans un foyer de la petite bourgeoisie nantaise. Son père, Jean-Baptiste Lord, secrétaire du parquet assistant du procureur général, et sa mère, Valérie Lanoë, propriétaire, habitent rue Franklin à Nantes. André se destine à une carrière d’architecte, il est commis au moment de son recensement militaire en 1900. Son père est mort et il est désormais considéré par l’autorité militaire comme fils unique de veuve. André est néanmoins bon pour le service et incorporé au 21e régiment d’infanterie coloniale le 14 novembre 1901, il passe dans la disponibilité de l’armée active le 20 septembre 1902.

En 1904, ces activités professionnelles l’amène à rejoindre la région parisienne, où il change régulièrement d’adresse. C’est à Paris qu’il rencontre sa future femme, Marie Laurent, qu’il épouse le 10 avril 1905, à la mairie du 18e arrondissement. Ils s’installent ensemble plus durablement à Asnières dans le département de la Seine à partir de 1911 et ont deux garçons Guy et Jacques. André se languit du pays nantais et la famille déménage début 1914 à Vertou, dans le village de Beautour. Elle souhaite y mener une vie paisible, mais la guerre vient tout bouleverser.

André Lord est rappelé à l’activité le 13 août 1914 et affecté au 270e régiment d’infanterie (basé à Vitré, Ille-et-Vilaine), il ne se sait pas encore qu’il va de nouveau être papa. A l’armée, il bénéficie d’un rapide avancement : nommé caporal le 9 septembre, il est promu sergent le 21 décembre suivant. Son régiment joue un rôle d’appui lors de la bataille de la Marne mais a une action plus déterminante autour de Reims. Malgré la fatigue, il prend toujours le temps d’écrire à sa mère et surtout à sa femme et ses deux petits garçons. Comment conserver sa place au foyer, penser aux siens quand l’heure est au sacrifice pour la patrie ? Une carte écrite à ses deux garçons, à peine un mois après son rappel, témoigne d’une inquiétude toute paternelle : « […] j’espère que vous êtes toujours sage, que petit Guy veut toujours bien dormir dans son lit et que petit Jacques n’aura plus peur de son petit frère […] ». Le 20 novembre 1914, dans le secteur d’Agny – Wailly, près d’Arras, André écrit à sa femme : « Deux mots à la hâte […], je tiens à te rassurer, je suis toujours en parfaite santé quoique très fatigué, je rentre avec mes hommes de construire des tranchées et demain nous partons pour quatre jours habiter d’autres tranchées à 600 mètres de l’ennemi […] ». Pas franchement rassurant pour Marie mais André est confiant, la guerre sera courte, il termine sa lettre par ces mots : « à bientôt de tes nouvelles et surtout à bientôt le bonheur d’être parmi toi et de vous embrasser tous. Un gros baiser à petit Guy, un autre gros baiser à petit Jacques à qui je pense bien et à toi ma chère Rie, reçois mes meilleurs baisers. ».

Le 28 janvier 1915, André a la joie de recevoir une carte de ses garçons. Cela lui fait chaud au cœur alors que l’hiver est rude et qu’il a les pieds dans la boue : « Comme ces deux petits enfants nous pensons sans cesse à toi mon petit papa chéri. » peut-on lire écrit à même l’illustration au recto de la carte. Les échanges épistolaires sont soutenus, maintenant l’illusion d’une vraie relation familiale. Mais un courrier du 7 mars d’André à sa femme en montre les limites : la fatigue, l’éloignement et une pointe de découragement de part et d’autre favorisent le malentendu : un mot interprété de travers et c’est le drame intérieur : « […] tu me parles de t’abandonner, laisse moi te dire que tu es stupide, je me demande où tu as été chercher cette expression blessante à mon égard, j’ose espérer que ce terme t’es venu dans un de ces moments de grands ennuis que tu traverses en ce moment […] ». Cette « scène de ménage » vécue à distance, c’est néanmoins encore l’énergie d’un couple qui vit, André lui rappelle d’ailleurs son amour quelques lignes plus loin.

Le 1er mai 1915, André envoie à Marie le produit d’une cueillette : une feuille de laurier et un trèfle, porte-bonheurs « ramassés au son du canon ». Il est question de paix dans le courrier mais André est très septique à ce sujet. Le 10 mai, il évoque la naissance de son nouvel enfant : « […] est-ce qu’Odette à mis le nez à la fenêtre ? […] », persuadé d’avoir une fille. Ce sera un autre garçon, il nait quelques jours plus tard et sa femme l’appelle… André. Le sergent aimerait que la guerre s’arrête mais il est lucide et sa lettre du 11 juin ne laisse planer aucun doute sur la dureté de l’engagement au front : « Deux mots afin de te rassurer sur les événements de la nuit et de la journée, qui je t’assure n’a pas été des plus roses et qui demain le sera encore moins. Je ne voudrais cependant pas t’effrayer mais dans ce moment critique où la vie de tous est en danger, je considère comme un vrai devoir de te dire toute la vérité et lorsque je te disais que c’est effrayant, je t’assure que je ne mens pas et que ce mot n’est rien pour pouvoir te faire comprendre toute la vérité, aujourd’hui nous avons eu très peu de morts et très peu de blessés, mais quelle sera cette journée de demain […] J’ai, je te le jure, eu beaucoup de courage mais aujourd’hui que je me sens neurasthénique je commence à perdre le courage que j’avais et cependant le soir, pendant le bombardement qui devient de plus en plus violent, afin d’encourager et de dire ma bonne confiance aux hommes, je chante et l’on me regarde d’un air de me demander si je ne deviens pas fou, mais il faut bien montrer l’exemple […] ». Un vrai crève-cœur, mais cela n’empêche pas André de continuer sur une note plus positive : « […] je reviendrai te couvrir de baisers et chouchouter les petits anges […] », il a également une pensée pour sa mère avant de conclure par une terrible requête: « […] Envoie-moi donc le plus vite possible de la teinture d’iode avec bouchon de verre et du camphre en poudre afin de chasser les odeurs de cadavres. Gros baisers, André. » Banalité de l’horreur.

Le 270e d’infanterie est alors basé dans le secteur d’Ecurie - Roclincourt, à cheval sur la route principale d'Arras à Lille, et participe à l’acte final de la bataille d’Arras, victoire coûteuse en hommes et sans véritable résultat stratégique. Alors que les premières permissions commencent à être accordées, André évoque dans un courrier daté du 4 août son mépris pour les embusqués de l’arrière et autres profiteurs de guerre, un vent de révolte souffle sous son crâne… Pour lui, point de permission et s’il en évoque une, hypothétique, dans son courrier du 7 septembre, il ne semble pas être prioritaire. Il va cependant changer de compagnie et passer sergent fourrier « […] un bureaucrate embusqué moi qui fait la guerre aux embusqués, tu vois comme je suis servi. » écrit-il à sa femme. Il est cependant conscient que ce poste va le ménager un peu, lui que le désespoir guettait. Il s’enquiert de la santé de sa femme et de ses enfants : « Et toi ma chérie comment vas-tu ? Es-tu toujours aussi fatiguée ? Et mes petits cocos ? Mon petit Guy, mon petit Jacques et enfin mon petit Dré ? Dis-leur bien que maintenant que papa va se trouver dans les affaires au bureau, il ne va pas oublier son tour pour partir bien vite les câliner, qu’ils ne perdent pas patience. […] » Le 18 septembre, André se fait plus mystérieux, presque mystique : […] j’ai confiance d’abord parce que je ne suis et ne serai plus ce que j’ai été. Je prie, je pratique et je continuerai avec toi et nos chers enfants et puis n’avons-nous pas cette chère Alice qui me guide et qui comme l’ange gardien veille sur moi qui suis la barque fragile, aussi je ne l’oublie pas non plus et je remplirai à mon retour ma promesse [….] ». De retour, il n’y aura pas, André meurt quelques jours plus tard le 24 septembre 1915 à l’âge de 34 ans, tué à l’ennemi à La Harazée, près de Vienne-le-Château dans le département de la Marne. Son fils André ne le connaitra jamais.

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André Lord à cheval

Consulter la notice de ce soldat dans le mémorial virtuel :

Ce parcours a été retracé par Fabrice Cheignon grâce aux informations fournies par le mémorial virtuel La Loire-Atlantique se souvient , les archives de l’état civil et l’Historique du 270e Régiment d’Infanterie (Rennes, Oberthur, 1920).

NB : André Lord figure à l’origine sur la liste des morts pour la France de la ville de Nantes mais son dernier domicile connu étant sur Vertou, il a été rattaché à cette commune dans le mémorial virtuel.