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1863 - 1948. Commandant du 65e régiment d’infanterie

Né à Bordeaux le 19 janvier 1863, Paul Balagny réside à Oran en 1883 lorsqu’il s’engage au 2e régiment de spahis. Admis à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr, il en sort comme sous-lieutenant au 1er régiment de tirailleurs algériens puis au 4e régiment de tirailleurs tonkinois avec lequel il participe aux combats contre l’insurrection d’Annam en 1886. Dans les années qui suivent, sa carrière évolue vers des fonctions d’État-major en métropole et à l’étranger et il gravit les échelons de la hiérarchie pour atteindre celui de colonel ; il reçoit le commandement du 65e régiment d’infanterie le 31 décembre 1913.

Parti de Nantes le 5 août 1914 « au milieu des acclamations, sous les fleurs qu’on jette de toutes parts », le 65e arrive le surlendemain en Argonne, dans la zone affectée au 11e corps d’armée dont il fait partie. Le 22 août, il participe à la grande bataille de la 4e armée, à Maissin, où il perd notamment l’un de ses chefs de bataillon Roger de Saint-Exupéry, oncle de l’écrivain. Malgré la fureur des combats à la baïonnette et le recul de l’ennemi, l’ordre de repli est donné, le régiment repasse la Meuse et prend position sur les hauteurs de Wadelaincourt et de la Marfée. Au court des engagements qui durent quatre jours, il connaît encore de lourdes pertes dont ses deux autres chefs de bataillon. Le 65e rétrograde et se retrouve près de Fère-Champenoise le 5 septembre, à la veille de la bataille de la Marne où il doit tenir les débouchés des marais de Saint-Gond ; pendant deux jours, il résiste aux furieux assauts allemands. C’est au cours de l’un d’eux que le colonel Balagny est grièvement blessé et évacué. Le cadre officiers (57 au début de la guerre) est réduit à deux capitaines, un lieutenant et quatre sous-lieutenants.

Atteint le 8 septembre 1914 d’éclats d’obus à l’épaule et au bras gauche, le pied gauche traversé par une balle et souffrant de fractures multiples au tarse et métatarse gauche, Paul Balagny quitte le front en laissant le commandement du 65e RI au colonel Desgrées du Lou. Sa conduite lui vaut une citation (17 juillet 1915) à l’ordre de l’armée avec attribution de la croix de guerre et promotion au grade d’officier de la Légion d’honneur : « s’est partout prodigué sur les points les plus périlleux de la ligne de feu, animant ses hommes et les entraînant par son exemple. Atteint de trois blessures le 8 septembre 1914, n’est pas encore guéri. Officier très brave. » Nommé commandant de la subdivision d’Oran au cours de sa convalescence de 1915 à 1917, il reprend le service actif en juillet de cette même année comme commandant de l’infanterie divisionnaire de la 120e division, fonction qu’il occupe jusqu’à la fin de la guerre. Le peintre suisse Eugène Burnand (1850-1921) en dresse le portrait dans sa série « Types de soldats alliés ayant participé à la Guerre des nations », accompagné d’un commentaire élogieux et épique :

Les yeux clairs sous l'orbe d'un front immense, le nez puissant et l'envol de la moustache : tout retient l'attention dans ce magistral portrait d'officier supérieur. C'est un Béarnais de vieille race des coteaux qui a vu naître tant de belles figures de militaires et de  poètes. Les hasards de la guerre l'ont fait commander à des Bretons et les gars du Nord ont marché gaiement au feu derrière leur colonel méridional. Chef et conducteur d'hommes, à coup sûr, mais non point à la manière de nos ennemis. Nul soupçon de morgue, nulle raideur, et la volonté ferme, la ténacité du regard se tempère d'on ne sait quelle spirituelle bonhomie. Qu'il chargeât à la tête de son régiment aux jours ensoleillés de 1914, clairons sonnants, drapeau au vent, pantalons rouges dans les blés – ou que, dans la sanglante monotonie de la guerre des tranchées, il veillât à l'intégrité du secteur de la brigade, présidât à la vie souterraine de ses troupes ; toujours, partout on peut être assuré qu'il a été suivi, obéi, aimé comme un chef doit l'être. Ce qui explique en effet le merveilleux empire des officiers français, en grande majorité, sur leurs hommes, c'est la confiance réciproque, la compréhension des souffrances, des peines, cette communauté de vie surtout, qui confondait chefs et soldats dans l'anonymat du même uniforme et faisait ressembler, dans la tranchée, le colonel commandant l'I.D. Au guetteur qui veillait au créneau et les unissait tous les deux dans la même gloire.

Colonel du 22e régiment d’infanterie en 1920, année de sa promotion au grade de commandeur de la Légion d’honneur, il quitte définitivement le service et se retire à Nantes rue Saint-André. Le colonel Balagny se consacre alors à la recherche historique au sein de la Société archéologique dont il devient le président 1934 à 1939. Il est également actif à la Société des sciences naturelles de l’ouest de la France. Il meurt brutalement le 21 octobre 1948 et est inhumé au cimetière de la Bouteillerie à Nantes.

Le colonel Paul Balagny par Eugène Burnand

Ce portrait a été réalisé par Jean-François Caraës